Intramuros Nov/Déc 2016


Intramuros parle d'Oberflex

 

LA VIE DANS LES DUNES
Chantal Hamaide

L'architecte Anne Demians convoque Ruedi Baar, Christophe Pillet et
l'équipe de Pascal Cribier auxquels s'est joint Patrick Norguet, sur le projet
"Les Dunes" de la Société Genérale à Val-de-Fontenay. Une association de
compétences dans le cadre d'un projet d'architecture où graphiste, architecte
d'intérieur, paysagiste et designer interviennent ensemble.


L'identité architecturale - 90000 m2 de bureaux - de la Société Générale signée Anne Demians se pose en marqueur de l'histoire de la transition numérique de la Société Générale. L'outil numérique a boosté en profondeur les comportements individuels et sociaux "Les Dunes" nouveau pôle de la Société Générale à Val de Fontenay répond à cet enjeu et devient un emblème de la transformation numérique de la banque.
Au premier abord très déconcertant - trois bâtiments imposants en répetition - le projet architectural se livre enveloppé de pare soleil en lamelles de bois verticales. Eléments structurants et matière génèrique tissée et plisséee ils dessinent trois ondes accrochées sur un herbier au sol.
L'accès principal se fait par un parvis de verre en correspondance avec le niveau bas relié à la rue principale qui traverse tous les accès aux pôles de services les restaurants, les cafés, les salles d'exposition. Le bénèfice de la fluidité des espaces, des larges fenêtres, du libre accès au jardin rompt avec les codes tertiaires habituels et invite les collaborateurs à partager les espaces flexibles dédiés en alternance au travail ou à la détente.
Des univers en résonance avec l'évolution des comportements. L'idée d'Anne Demians d'accompagner son projet d'un Pôle Design transforme la vie du bâtiment en convoquant la dimension esthétique littéraire culturelle compatible avec les comportements dictés par la révolution numérique.

Un recours à la thématique du scénario
Christophe Pillet a été invité à intervenir sur l'aménagement de la rue intérieure qui relie les trois bâtiments en rez de chaussée Sur un projet déjà très structuré, il a imaginé un univers où il fallait révéler la transparence, les fuites l'évanescence de la "Rue". Afin d'estomper l'architecture, ses angles saillants, il a installé un jeu de dispositifs, rideaux de verre sérigraphié, en degradé, en superposition qui diffractent la lumière en apaisant les zones traversantes. C'est dans le vide de la rue que le designer meuble cette perspective avec une implantation de mobilier d objets comme un répertoire de curiosités. Une ponctuation de signaux qui casse la linéarité et agissent comme des repères visuels, comme le kiosque à journaux ou la appemonde géante en bois. Les bancs les sièges les tabourets les tables en réfèrence à l'espace domestique organisent une sorte de séquence publique cour de récréation ou des scénarios improvisés facilitent les échanges et la régulation des flux. Anne Demians lui a également confié le dessin du mobilier de l'amphithéâtre une implantation de banquettes à juxtaposer réalisées avec la marque Offect.
 

L'écriture comme repère visuel
Le travail de Ruedi Saur dans ce paysage architectural complexe va participer à flouter les limites les stratifications. C'est ce qu'on ne sait pas lire qui sert e points de repères dit-il. ll dessine des calligraphies, des écritures horizontales sur des supports transparents qui se doublent en verso en miroir et offrent une orientation intuitive. Cette écriture horizontale prend alors un rôle majeur dans le repèrage avec les signalétiques verticales vers les étages. Ce travail sur l'écriture à partir de citations des quatre coins du monde joue comme une alerte, une interrogation, une invitation à s'ouvrir aux cultures et aux langages dans un univers clos comme celui de la banque. C'est aussi le rôle de l'invitation de Ruedi Saur faite à des graffeurs qui accompagne l'ambition décalée des Dunes : elle s'inscrit dans une volonté d'exprimer une pluralité d'écritures à travers les tags des parkings qui contrastes activement avec les travaux plus traditionnels du milieu bancaire.

L'empreinte forte d'un dispositif paysage
La partition écrite et dessinée par le paysagiste Pascal Cribicr également convié par Anne Demians va consister à transformer les contraintes en touts. L'architecte souhaite offrir un paysage planté au niveau des patios sur toute la longueur du parvis. L'empreinte architecturale laissait peu de place et l'idée d'une occupation au sol par de larges jardinières a permis de construire trois types de jardins. Ceux où la végétation se diffuse suggérée par des espèces persistantes qui créent une ambiance abritée devant les grandes baies vitrées des essences locales de petits arbustes et des rangées d'arbres offrant un cadrage haut. Ces interventions dessinent des perspectives des passages et des espaces de détente mis en scène pour offrir un dépaysement et une alternative à la réflexion.

La gestion des espaces de restauration
La Société Générale a confié à Patrick Norguet au sein du projet Les Dunes une mission de maîtrise d'oeuvre sur les espaces de restauration. L'architecte d'intérieur et designer a choisi d organiser trois offres de prestation. En réponse au flux inégal et constant des 5000 personnes qui occupent les trois bâtiments la gestion de la densité est un sujet majeur. En fonction de l'occupation fluctuante des espaces de restauration - le bistrot, le restaurant, le café lena - Patrick Norguet a privilégié l'acoustique, l'éclairage et l'ergonomie en respectant un niveau de qualité dans le répertoire des matériaux des luminaires et des assises. En recapitalisant sur l'image du groupe bancaire, la priorité est donnée à l'harmonisation des couleurs et à l'organisation de l'intimité et du confort. Dans une parfaite complémentarité
des aménagements et des services, l'intervention des designers, celle du graphiste et celle du paysagiste apportent une lecture nouvelle dans la matérialité des volumes à l'échelle humaine dans la relation du corps à l'espace. ll s'agit de recréer au sein des Dunes l'organisation efficace et sereine d'une cité intérieure privée de connexions urbaines.